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La reine Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI.
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La reine Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI.
Et son séjour à Orléans en mai 1417.
Quelques mots sur la vie de la reine :
En 1398, la reine de France, Elisabeth de Wittelsbach (Isabeau de Bavière, qui signait "Ysabel"), épouse du roi Charles VI, obtint de lui l'Hôtel Barbette, à Paris, pour en faire sa propre demeure. Elle avait de nombreuses possessions et rentes.
La même année, elle obtenait du roi, pour Hémon Raguier, deux hôtels situés à Saint-Ouen, pour le récompenser d'avoir négocié l'achat de terres pour la reine. Celui-ci s'occupa longtemps des finances d'Isabeau.
Elle mettait en lieux sûrs des sommes d'argent, afin d'en disposer librement.
En mai 1416, par exemple, elle était au château de Vendôme, qui appartenait au comte Louis de Bourbon. Elle avait 3.000 francs d'or qu'elle déposa entre les mains des moines de l'abbaye de la Trinité de Vendôme. Pour être plus sûre de leur discrétion, elle leur permit de disposer de cet or si elle ne le réclamait pas de son vivant, sous réserve de dire des messes et de célébrer un anniversaire pour elle et Charles VI, le roi, son époux. Un acte fut fait qui portait juste la signature d'Isabelle, et contresigné par Jehan Lepicart, son secrétaire :
"Comme huy, a nostre requestre et contemplacion, noz bien amez les religieux soubs prieur et couvent du moustier de la très Saincte Trinité de Vendosme, ou diocèse de Chartres, ayent prins et receu de nous, par manière de garde et de deppot, la somme de trois mil francs en escuz d'or à la couronne de xviii sols par pièce, laquelle somme nous leur avons faict bailler... en nous promectant de bonne foy et par leurs lettres sur ce faites, de nous rendre ladite somme toutes et quantes foiz que les en requerrons ou ferons requérir... ou cas que en nostre vie et devant nostre décès ne l'aurions reprise par devers nous, soit par l'advis, conseil et ordonnance de nos diz conseillers, acquise, achetée entièrement admortie rente perpétuelle pour ladite église et les suppoz d'icelle, laquelle rente nous, dès maintenant pour lors ou dit cas, donnons et laissons à ladite église, moyennant et parmy ce que les diz religieulx et leurs successeurs seront tenuz, abstrains et obligiez de dire et célébrer perpétuellement par chacun jour une messe à basse voix et au bout de chascune année un anniversaire solennel."
En mars 1417, elle envoya auprès du chapitre collégial de Saint-Aignan, à Orléans, son secrétaire Jehan Salant, porteur d'une somme de 4.000 francs. Il était indiqué que, si la somme ou partie de la somme, restait entre les mains du chapitre lors de son décès, les dépositaires pourraient consacrer les 4.000 livres à l'achat de rentes, sous réserve que pour chaque somme de 60 livres parisis de rente, le chapitre ferait célébrer chaque jour une messe et, une fois par an, l'anniversaire de la donatrice.
Son frère, Louis de Bavière, vivait à ses crochets. Il coûtait 30.000 francs par an, au moins, dont Isabeau fournissait 3.000.
Jehan Le Blanc, le 10 avril 1400, remplaça Hémon Raguier, devenu trésorier des guerres. Hémon était le frère de Raymond Raguier, maître de la chambre aux deniers du roi.
En 1393, fut créée l'Argenterie de la reine, dirigée par Hémon de 1398 à 1403. Hémon et Raymond constituèrent la chambre aux deniers d'Isabelle de France, fille de la reine Isabeau, future épouse du roi Richart II d'Angleterre.
Isabeau se rendait surtout à l'Hôtel Barbette - qu'elle possédait en propre - que pour se détendre et fuir la cour. Elle ne l'a possédé que de 1399 à 1408 et, sur ces neuf ans, n'y vécut en permanence que six mois.
Hémon Raguier était resté au service de Charles VII, après son père Charles VI. En avril 1423, Henry VI, roi d'Angleterre, donna à Isabeau les biens que Hémon possédait en France, en paiement de ce que ledit Raguier lui était redevable :
"Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et d'Angleterre, savoir faisons à tous présens et advenir nous avoir esté exposé de la partie de très haulte et très excellente princesse nostre très chière et très amée ayeule, Ysabel," (c'était sa grand-mère) "par la grâce de Dieu Royne de France, que un appelé Hémon Raguier, lequel est rebelle et désobéissant à nous, par quoy tous ses biens, possessions et héritages sont à nous confisquez et acquis, a esté pour long temps trésorier et receveur général de toutes les finances."
Evidemment... car la reine avait désavoué son fils le Dauphin, futur Charles VII, et Hémon était passé au service de celui-ci. Hémon est redevable envers la reine Isabeau de sommes importantes, lesquelles :
"... elle ne puet recouvrer sur icellui Hémon Raguier si comme elle dit, en requérant, pour paiement et recompensacion de ce, que tous les héritages, seigneuries, maisons, cens, rentes, revenues et possessions que ledit Hémon Raguier tenoit et possédoit en nostre royaume de France luy feussent octroyez et délaissiez."
Nous connaissons quelques unes de ces propriétés : une maison de la rue des Blancs-Manteaux, tenant à l'église du même nom, trois maisons de la rue de Paradis situées non loin de là, une maison de la rue Vieille du Temple aboutissant par derrière aux Poulies, des héritages sis à Arcueil.
La reine Isabeau appréciait la ville d'Orléans :
Elle préférait le poisson à la viande (elle raffolait des ombres de Loire). Elle demanda un jour à Thomas Mitard d'aller de Paris à "Sainct-Mamin-lès-Orliens" (Saint-Mesmin) quérir et rapporter des pâtés d'ombres.
A Orléans, en 1417, on lui présente des poissons. Jehan Le Berche le jeune, poissonnier, reçoit 9 livres 12 sous parisis "pour la vente de deux luz, deux grans carpes, trois grans braines et ung bar".
Toujours à Orléans, on lui présente du vin. La vente de trois tonneaux de vin rapporte 15 livres 4 sous parisis à "Maistre Estienne Germe, Raoulet de Recourt et Guillaume Ligier".
Jacquet Le Prestre, valet de la ville (sorte d'appariteur), reçoit 7 sous parisis pour trois chopines d'étain destinées à présenter les dits vins.
Elle possédait une léoparde et un singe. Elle faisait beaucoup de dons.
Une autre Elisabeth de Wittelsbach, connue sous le surnom de "Sissi", impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, énoncera plus tard une pensée bien belle, mais bien triste :
"Dans la vie de chacun, il y a un moment où la flamme s'éteint de l'intérieur".
Passage de la reine Isabeau à Orléans en mai 1417 :
Brouillée avec le roi d'Angleterre, celui-ci la fait pratiquement prisonnière, et la fait exiler, lorsque Charles devient Dauphin à la mort de son frère aîné Jehan. Elle part de Vincennes, "gardée" par une force armée qui la conduit à Tours, par Orléans et Blois. Elle n'est plus au pouvoir.
Début mai 1417, elle est à Janville, petite cité de Beauce, entre Paris et Orléans, qui sera en 1429 la plaque tournante du dispositif mis en place pour le siège d'Orléans par Salisbury.
A Orléans, avertis de son arrivée prochaine, les échevins ne savent comment faire. Elle reste malgré tout la reine de France.
Gilet Potier, sergent ducal d'Orléans, lui rend visite à Janville pour savoir quand elle passerait à Orléans. Il revient douze heures plus tard. Orléans lui envoie une délégation d'échevins, à Janville, pour demander à ce que les hommes d'armes de l'escorte évitent Orléans, car ils craignaient des troubles, mais surtout pour connaître la manière dont la cité devait recevoir la reine. Les hommes de cette délégation se nommaient : Jehan Aubelin, Guyon du Fossé, Robin de Saint-Mesmin, Berthaut Mignon, Raoulet de Recourt.
Le 14 mai 1417 (ou le 13 au soir), elle entre dans Orléans. On lui présente des poissons et du vin (voir ci-après). La reine, avec ses gardiens, avait accédé au désir des Orléanais, et n'entra en ville qu'avec une escorte réduite. Le gros des hommes d'armes s'installa dans les alentours de la cité.
Ensuite, elle partira, toujours escortée, pour Blois, puis Tours.
Le 2 novembre 1417, elle est délivrée par le duc de Bourgogne et 800 cavaliers. Elle rentre triomphalement à Tours avec lui, puis ils partent pour Chartres.
Le compte de Gilet Baudry :
La ville d'Orléans, dans ses comptes de commune, conserve la trace de ce passage de la reine Isabeau. En voici transcription du texte original :
"Compte de Gilet Baudry - Mandaté le 2 septembre 1417.
- Item, à Gilet Potier, sergent de monseigneur le duc d'Orliens, pour avoir esté à Yenville, pour savoir quand la royne viendroit, où il vacqua par ung jour. Pour ce... 8 sols parisis.
- Item, à Jehan Aubelin, Guion du Fossé, Robin de Saint-Mesmin, Berthaut Mignon et Raoulet de Recourt qui furent ordonnez pour aller au-devant de la Royne à Yenville, pour parler à ceulx qui gouvernoient ladicte royne, et leur prier que les gens d'armes ne loigassent point à Orliens. Ouquel voyiage ilz vacquèrent par deux jours, à quatre chevaulx, dont il leur a esté compté pour toute despence... 60 sols parisis.
- Item, à Perrin Sevestre qui fut leur varlet par lesdiz deux jours à les servir. Pour ce, pour luy et son cheval... 8 sols parisis.
- Aux personnes qui ensuivent, et premièrement à Jehan Le Berche le jeune, poissonnier, pour la vente de deux luz, deux grans carpes, trois grans braines et ung bar achetez de luy le 14 de may et présentez à la Royne de France. Pour ce... 9 livres 12 sols parisis.
- Item, à Perrin Le Pelletier, poissonnier, pour la vente de deux bars présentez à ladicte royne. Pour ce... 56 sols parisis.
- Item, à maistre Estienne Germe, Raoulet de Recourt et Guillaume Ligier, pour la vente de trois tonneaux de vin qui furent présentéz à ladicte royne. Pour ce... 15 livres 4 sols parisis.
- Item, à Perrin Amiot, pour la vente de douez muis d'aveine présentez à ladicte royne, à 16 sols parisis le muis. Valent... 9 livres 12 sols parisis.
- Item, à Jacquet Le Prestre, varlet de ladicte ville, pour trois choppines d'estaing pour présenter lesdiz vins. Pour ce... 7 sols parisis.
- Item, audit Jacquet, pour une escuelle en quoy fut présenté ladicte aveine. Pour ce... 2 sols parisis.
- Item, audit Jacquet, pour deux draps de lit en quoy fut présenté ledit poisson. Pour ce... 12 sols parisis.
- Item, audit Jacquet, pour argent par luy baillé pour despence faicte par Jehan Deschamps et Jehan Le Pitancier, qui furent ordonnez pour aler quérir les vins dessus diz qui furent donnez à ladicte royne. Pour ce... 2 sols parisis.
- Item, audit Jehan Le Berche, pour la vente d'un grant quarreau, d'un grant bar et d'une grant braine, présentez ledit jour au président de Prouvence, qui gouvernoit la royne. Pour ce... 68 sols parisis.
- Item, audit Jacquet Leprestre, pour quatre grans poz de vin présentez audit président de Prouvence. Pour ce... 9 sols 2 deniers parisis.
- Item, audit Jehan Le Berche, pour la vente d'un quarreau et d'un bar qui furent présentez à maistre Jehan de Chaumery qui avoit apporté lectres de créance de monseigneur le duc d'Orliens. Pour ce... 40 sols parisis.
- Item, audit Jacquet Le Prestre, pour argent à luy baillé pour faire boire le seigneur du Breul, Matho de Cheveaux, aucuns desdits procureurs et aultres qui avoient esté au devant de la royne. Pour ce... 21 sols parisis.
- Item, audit Jacquet Le Prestre, pour argent à luy baillé pour despence faicte chès Raoulet de Recourt par ung escuier qui estoit à la royne, et d'aultres en sa compaignie, pour aler faire vuider les gens d'armes qui estoient à Olivet, à Sainct-Mesmin et à Cléry. Pour ce... 12 sols parisis.
- Item, audit Jacquet, pour deux mines d'aveine qui furent données audit escuier. Pour ce... 2 sols 8 deniers parisis.
- Item, audit Jacquet, pour argent par luy baillé à Jehan Aubelin, pour faire boire au Portereau les compaignons qui estoient en compaignie de la royne, par l'ordonnance desdiz procureurs. Pour ce... 6 sols 8 deniers parisis.
(Doc. Archives d'Orléans - Comptes de commune - Bull. SAHO)
On n'oublie pas "l'escorte" de la reine, ni les gens d'armes qui l'accompagnaient : une avant-garde qui est déjà à Cléry, à quelques lieues d'Orléans, d'autres dans la proche banlieue, à Olivet et à Saint-Mesmin, ni ceux qui stationnaient tout près, au Portereau, de l'autre côté du pont sur la rive gauche de la Loire, ni même, enfin, un écuyer qui devait sans doute être un officier d'ordonnance de la reine.
Evaluation :
Muid : ancienne mesure de capacité pour les liquides, les grains et diverses matières, et qui variait selon les pays et les marchandises.
A Paris, le muid valait 274 litres, pour le vin.
Mine : ancienne mesure de capacité pour les matières sèches, valant en France 78 litres environ.
On a donné 12 "muis" d'avoine, soit : 12 x 274 = 3.288 litres.
On a donné 2 mines d'avoine à l'écuyer : 2 x 78 = 156 litres.
Sous toutes réserves, si les mesures étaient celles-ci en 1417 et à Orléans, et si l'on compte 20 litres par cheval, il y aurait donc eu :
- 3.288 : 20 = 150 ou 160 chevaux pour l'escorte de la reine,
- 156 : 20 = 7 ou 8 chevaux dans la troupe de l'écuyer.
Pour le vin : 3 tonneaux = 6 traversins; un traversin = 210 pintes, soit 240 litres. La pinte fait : 1,14 litre.
Cela fait environ 1.760 litres, soit, si l'on part sur environ 170 hommes : à peu près 10 litres par homme !
La reine Isabeau et ses geôliers furent bien reçus en la ville d'Orléans.
Ref. : Comptes de la ville d'Orléans - Comptes de commune - Médiathèque Orléans (documents précieux) - Bull. SAHO. |
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Comment les Français reprirent la ville de Verneuil.
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Comment les Français reprirent la ville de Verneuil.
Charles VII commence la reconquête de la Normandie (juillet 1449).
Descriptif : Après tous les troubles, l'occupation anglaise va se terminer avec la remise de la Normandie dans le giron français, initiée par la délivrance d'Orléans par Jehanne la Pucelle.
Maître de Paris et réconcilié avec le duc de Bourgogne, Charles VII se retrouve roi de France. Il devra consacrer la seconde partie de son règne à reprendre l'oeuvre monarchique, interrompue par les désastres de la guerre de Cent Ans et l'incapacité des premiers Valois.
Sa tâche consistera donc :
1° A recommencer la guerre contre les anglais, pour les chasser définitivement du territoire national,
2° A réaliser les projets d'organisation administrative, militaire, financière et judiciaire que Charles V avait laissés seulement ébauchés,
3° A combattre l'ancienne féodalité indépendante et la nouvelle féodalité issue de la maison de France, celle des princes apanagés, pour élever sur les ruines des maisons seigneuriales, définitivement assujetties ou détruites, le pouvoir unique, fort et incontesté de la royauté.
Ce qui caractérise, en somme, le règne de Charles VII, c'est la fondation du régime absolutiste, que devaient développer Louis XI et ses successeurs.
L'une des premières tâches de Charles VII fut de reprendre aux anglais la ville de Verneuil, qui devint ainsi l'une des premières villes libérées en Normandie, pour la reconquête du royaume de France.
Nous allons voir de quelle manière, racontée par des chroniqueurs de l'époque.
"En ce temps un meunier de la ville de Verneuil qui avait son moulin contre les murs d'icelle ville, fut battu par un Anglais faisant le guet, parce qu'il dormait. De dépit, il alla vers le bailli d'Evreux et lui promit, moyennant certaines conventions faites entre eux, de la bouter dedans la ville."
"Et s'assemblèrent messire Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou, le bailli d'Evreux, Jacques de Clermont, et autres; ils chevauchèrent tant que tous ensemble se trouvèrent le neuvième jour de juillet l'an 1449, au point du jour, près des murs de la ville de Verneuil."
"Les français, à l'aide du meunier, dressèrent leurs échelles au droit du moulin et entrèrent dans la ville sans être aperçus. Ils étaient dedans cent vingt anglais dont aucuns furent tués et pris, les autres se retirèrent au château en grande hâte."
"Le lendemain le meunier ôta une partie de l'eau des fossés du château, lequel fut assailli et défendu moult valeureusement, mais à la fin fut pris d'assaut, et il y eut moult belles armes faites et spécialement par le sénéchal."
"Et là furent morts et pris plusieurs anglais; les autres se retirèrent en grande hâte dans la tour Grise, laquelle était moult forte et imprenable tant qu'il y eût à manger dedans, car elle est haute et grosse, séparée du château, bien garnie et environnée de fossés pleins d'eau."
Autre extrait de chroniques de l'époque, où est également racontée la reprise de Verneuil, pratiquement de la même manière, confirmant ainsi le premier récit, et nous faisant part d'autres détails :
"... Un peu auparavant, messire Pierre de Brésay, sénéchal de Poitou, le bailli d'Evreux, et Jacques de Clermont, avaient pris la ville de Verneuil, au Perche, par le moyen d'un meunier qu'un anglais de la garnison avait beaucoup de fois battu et maltraité."
"Dedans laquelle ville étaient six à sept-vingts anglais, dont une partie fut tués et pris, et les autres se retirèrent dedans le château et la grosse tour Grise. Lequel château fut enfin pris d'assaut, combien que ceux de dedans missent grand'peine à la défendre; auquel exploit, selon la coutume renommée de ceux qui y étaient, ledit sénéchal se porta et conduisit très vaillamment de sa personne.
"Quant à ladite tour, qui était très forte et imprenable tant qu'il y aurait des vivres dedans, elle tint encore environ un mois, au bout duquel terme, pource que ceux de dedans n'avaient plus aucune espérance de recevoir secours, ils la rendirent aux français, et s'en allèrent à Rouen..."
C'est donc par ruse que la ville de Verneuil se libéra du joug des Anglais. Charles VII continua la reconquête de son royaume.
Quelques commentaires :
La ville de Verneuil fut donc reconquise grâce à un meunier, qui avait son moulin installé le long des remparts. Il s'agit d'une vengeance, car ce meunier, qui était assujetti au guet de la ville, avait été plusieurs fois molesté par un anglais de la garnison.
Côté français, dans les villes, les gens des cités étaient aussi réquisitionnés pour monter la garde sur les remparts, et formaient pour cela des "dizaines", commandées par un "dizenier", soit des groupes de dix hommes, répartis dans les quartiers.
Par contre, on ne connaîtra jamais quelles ont été les "conventions" convenues entre le meunier et le baille d'Evreux, pour que les français puissent pénétrer dans la ville, avec des échelles, et ainsi anéantir la résistance anglaise.
Les chiffres concordent assez entre les deux chroniqueurs au sujet du nombre d'hommes de la garnison anglaise. Le premier parle de "cent vingt" hommes, le second en dénombre "six à sept-vingts", soit 120 à 140, garnison somme toute importante.
Le second nous apprend que le reste de la garnison anglaise était retranché dans la tour Grise, et que celle-ci était séparée du château. Il précise qu'ils tirent environ un mois, et ne se rendirent que lorsqu'ils n'eurent plus à attendre ni vivres ni secours.
Dans le texte du chroniqueur Mathieu de Coucy, ci-après, on apprendra que Jehan de Talbot, seigneur et capitaine anglais (qui était au siège d'Orléans, ville délivrée par Jehanne la Pucelle) avait réuni des renforts pour aller à Verneuil, renforcer la garnison et tenir la ville. Mais les français, grâce à cette ruse, reprirent Verneuil avant que Talbot n'eut réuni les troupes nécessaires :
"... En après, ledit comte de Saint-Pol, partant avec ses gens dudit lieu d'Ailly-sur-Noye, tira devers Beauvais, où il trouva le comte d'Eu qui avait environ cinq à six cents combattants, et tous ensemble prirent le chemin pour aller devers Rouen, où ils s'attendaient de pouvoir entrer par le moyen d'aucuns des citoyens de la ville; mais leur entreprise fut rompue en partie pour ce coup, à cause que le seigneur de Tallebot, qui avait emmené un grand nombre d'anglais pour penser bailler secours à ceux de Verneuil, était déjà retourné dedans ladite ville de Rouen..."
Sans doute les français ont-ils battu de vitesse Talbot, reprenant ainsi la ville, mais il se peut également que Talbot ait préféré laisser Verneuil, moins importante, pour plutôt défendre Rouen pour empêcher - provisoirement - que les troupes françaises ne l'investissent.
Ref. :
- 1° "Charles VII et la monarchie absolue (1438-1461)", publié par B. Zeller et A. Luchaire, docteurs ès-lettres - Paris - Librairie Hachette - 1886.
- 2° Mémoires de Jacques du Clercq - liv. I, ch. III).
- 3° Chroniques - Mathieu de Coucy - ch. XXXIV.
Quelques mots sur les deux chroniqueurs cités :
Jacques du CLERCQ :
Ce chroniqueur, né en 1420, mourut après 1467. Il était fils de Jacques du Clercq, conseiller et avocat du duc de Bourgogne. Sa chronique s'étend de l'an 1448 à la mort de Philippe le Bon, duc de Bourgogne (juillet 1467). Elle est divisée en cinq livres, et c'est au premier de ces livres que sont empruntés les extraits ci-dessus.
Au point de vue politique, la chronique de du Clercq présente un caractère neutre ou mixte, car, par ses alliances, sa famille, il était engagé à la fois dans le parti orléanais et dans le parti bourguignon. Il est probable qu'elle est plutôt une compilation écrite à poste fixe qu'un récit "de visu". Du Clercq a réuni aux données qui lui étaient fournies par les principales chroniques contemporaines le récit d'un nombre assez considérable d'épisodes ou d'évènements qui se passèrent dans son entourage et que l'on ne trouve pas ailleurs.
Mathieu de COUCY :
On sait fort peu de choses touchant la personne de ce chroniqueur, et son nom même est incertain : les uns l'écrivent COUSSY, d'autres COUCY, d'autres ESCOUSSY ou ESCOUCHY. Les seuls renseignements relatifs à sa biographie qui nous soient parvenus résultent de sa chronique. Mathieu nous y apprend qu'il était laïque, natif du Quesnoy-le-Comte, en Hainaut, issu par sa mère de noble génération et originaire de la ville de Péronne, en Vermandois, où il résidait. Il était né sujet du duc de Bourgogne et compatriote de Enguerrand de Monstrelet (autre chroniqueur) dont il se fit le continuateur.
Il écrivait entre la mort de Charles VII et celle de Philippe le Bon, c'est-à-dire entre 1461 et 1467. Son oeuvre, ainsi qu'il l'annonce, continue immédiatement Monstrelet et poursuit la narration des évènements jusqu'à l'avènement de Louis XI au trône. Cet extrait de récit forme la matière d'un premier livre, à la fin duquel l'auteur annonce qu'il se propose de reprendre la suite de son travail en composant un second livre.
Mais le premier seul nous est parvenu. Le récit de ce chroniqueur est peu étendu, mais il contient des renseignements qui, eux non plus, ne sont pas ailleurs. |
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Le séjour de Gilles de RAIS à Orléans.
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Le séjour de Gilles de RAIS à Orléans - Septembre 1434 à août 1435.
Gilles de RAIS, tueur d'enfants et pédophile notoire (déjà !) était aussi l'un des compagnons de Jehanne la Pucelle, particulièrement lors du siège d'Orléans, en 1428-1429. La Pucelle l'avait assez fortement marqué, pour qu'il dépense une fortune pour relater son histoire sur les lieux mêmes.
De septembre 1434 à août 1435, Gilles de Rais séjournait à Orléans où il faisait représenter le "Mystère d'Orliens", qui fit jouer des centaines de personnes. Cette oeuvre (d'un inconnu ?) de 20.529 vers coûta à Gilles plus de 80.000 écus d'or. Une fortune ! (Madame Régine Pernoud disait qu'il prit à sa charge "quelques tréteaux" !)
140 personnages défilaient sur scène, sur une sorte de podium installé près du pont, et les costumes ne devaient être portés qu'une seule fois !
Ce grand seigneur, compagnon de Jehanne la Pucelle, maréchal de France à 24 ans, fut aussi le plus sombre des tueurs et des pédophiles, et on lui fit un procès à Nantes, où il fut condamné à mort.
A Orléans, il dépensait sans compter, et les habitants regrettèrent son départ. Il se déplaçait avec une suite énorme, et avait même une "chapelle", avec chantres, chorale et chanoines, plus encore sa maison militaire.
Il fallut loger tout ce monde à Orléans.
Gilles était logé à l'hôtel de la Croix d'Or, et son frère, René de La Suze, au Petit-Saumon.
Doyen, dignitaires et chanoines de sa chapelle à l'Ecu de Saint-Georges. Les chantres chez Jehan Fournier, à l'Enseigne de l'Epée.
Les hérauts d'armes, le capitaine d'armes, quatre chevaliers, l'armurier, le trompette et leurs compagnons en quatre auberges : la Tête Noire, le Grand Saumon, la Coupe et l'Image de Sainte-Marie-Madeleine.
Ses serviteurs et ses valets en trois hôtels. Il avait fait garder ses chariots et loger ses chevaux à la Roche-Boulet et à l'Enseigne du Fourbisseur. Quelques auberges encore pour ses invités et le reste de sa suite.
Il y eut quelques problèmes avec la justice du duc d'Orléans, comme pour Noël Le Couturier, "serviteur de Monseigneur de Rais", qui fut alors condamné à une amende de 16 sous "pource qu'Estienne Galu, sergent de Monseigneur le duc, naguère vouloit faire l'exécution, en l'ostel de la Tête Noire ouquel ledit Noël estoit logié, pour la taille de l'église, ledit Noël s'est adressé oudit sergent et lui a dit qu'il n'estoit que pilleux et qu'il n'emporteroit rien dudit ostel, et tira sa dague et fist plusieurs aultres rebellions."
Gilles de Rais, incapable de rembourser Jacques Boucher, trésorier du duc d'Orléans à qui il devait 192 pièces d'or, "pour cause de prest à luy faict de nouvelles dettes et en oultre aultres sommes qu'il doit, tant en or et en argent comptant, comme en vins et aultres denrées... à paier avant que ledit seigneur parte d'Orliens", il lui laissait en gage "ung cheval bayard à longue queue qui est ès mains de Colin Le Godelier, avecques ung cheval noir appelez Cassenoiz et huit chevaulx de harnois garnis de harnois."
On sait ce qu'il advint ensuite de Gilles. Sa fortune dilapidée, ses erreurs commises contre le clergé, et surtout les très nombreuses disparitions d'enfants et leurs meurtres sauvages, tout cela allié à la pratique de la sorcellerie et de l'alchimie, lui valurent son arrestation, sa condamnation à mort après un procès dont la lecture soulève le coeur, et son exécution sur une île de la Loire, près de Nantes. Il est curieux de constater que Jehanne fut amie de cet homme, dont elle ne soupçonnait certainement pas les dérives.
Jehanne avait marqué Gilles, et il lui vouait une affection particulière. Le charisme de celle-ci et la fait qu'elle ressemblait physiquement à un jeune garçon, un jeune page, y sont-ils pour quelque chose ?
Toujours est-il qu'à Orléans, après les évènements de 1428-1429, Gilles se souvint d'elle et fit jouer ce spectacle, durant pas mal de temps, sur les lieux mêmes des combats, risquant de se ruiner, et c'est d'ailleurs ce qui arriva. Il ne pouvait déjà plus rembourser au trésorier du duc les sommes empruntées.
Pour servir à l'histoire d'Orléans. |
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Regard sur l'armée anglaise au 15ème siècle.
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Regard sur l'armée anglaise au 15ème siècle.
Une armée déjà professionnelle et organisée.
L'armée anglaise était alors très organisée.
Le roi, ou le Régent Bedford en France, levait des troupes. Cela donnait lieu à une endenture (un contrat d'engagement) signé avec le chevalier ou l'écuyer.
Le capitaine engageait lui-même ses hommes, sous sa responsabilité, et les commandait lui-même ou déléguait à l'un de ses lieutenants.
Une solde était définie pour chaque type de combattant, du chevalier banneret à l'archer, que le capitaine touchait lui-même, ou l'un de ses subordonnés, pour être ensuite distribuée aux hommes.
En 1429, par exemple, voici les soldes mensuelles versées en France :
- chevalier banneret : 44 livres 15 sols 10 deniers tournois,
- chevalier et chevalier bachelier : 24 livres 15 sols 10 deniers tournois,
- écuyer : 14 livres 15 sols 10 deniers tournois,
- archer et arbalétrier : 5 livres (soit 100 sols tournois).
(certains, pour un équipement non complet, étaient "à demi-gages".)
Le capitaine "endentait" pour un nombre d'hommes d'armes et d'archers bien défini.
Chaque mois, les commissaires de montre contrôlaient l'effectif effectivement présent dans la troupe : c'était la montre (revue militaire). Un certificat était alors établi, destiné aux trésoriers.
Lors de la paie, une quittance était faite, signée par le trésorier et le capitaine (ou son "procureur souffisamment fondé"), précisant la somme perçue.
Parfois, pour équipement défectueux, on retenait une partie de la somme.
Celui qui conduisait le détachement, s'il n'était pas le capitaine en titre, était dit chef de montre.
Dans les garnisons, un contrôle était pratiqué au 2ème mois de chaque quart d'an. Le contrôleur désigné était payé directement par le trésorier, et non le capitaine - durant son mandat - et était exempté du service du guet.
Il établissait un certificat précisant les absents (avec le motif), les présents, les défauts d'équipement, pour que la solde soit calculée.
Il précisait aussi les gains de guerre dont une partie allait au capitaine et une autre au roi (ou au Régent).
A travers divers documents, nous allons nous rendre compte de ce qu'était cette organisation.
Garnisons anglaises - Organisation, service, discipline.
Voici un exemple d'endenture, pour la capitainerie d'une garnison.
En l'occurence, il s'agit de celle du comte de Suffolk et de Dreux, Guillaume de la POLE, capitaine de Saint-Lô, pour la garde de cette ville, avec 2 hommes d'armes à cheval, sa personne non comprise, et 30 archers.
Les effectifs des garnisons étaient relativement peu nombreux. Et puis, il fallait réquisitionner beaucoup d'hommes pour le siège que l'on tenait alors à Orléans, et les convois de vivres.
Rouen, 18 septembre 1428 - Vidimus du 27/01/1429.
"Ceste endenture faicte entre très hault et puissant prince, mons. le Régent le royaume de France, duc de Bedford, et noble et puissant seigneur monseigneur le conte de Suffolk et de Dreux, d'autre part..."
Durée du service :
"Lequel, pour et au nom du Roy, nostre souverain Seigneur, l'a faict et ordonné, faict et ordonne cappitaine des ville, chastel et forteresse de Sainct-Lô, et lui a baillé en garde d'icelles, pour ung an entier et entresuivant, commenchant le jour de Sainct-Michiel prouchain venant, et finissant le dit jour de Sainct-Michiel, qui sera l'an 1429 après ensuivant."
Force de la garnison :
" Parmi ce que esdictes places, et à la sauvegarde d'icelles, ledit conte aura et tendra continuelement deux hommes d'armes à cheval, sa personne en ce non comprinse, et trente archiers, montez, armez et arraiez bien et souffisamment, comme à leur estat appartient."
Solde :
"Pour lesquels il aura et prandra gaiges, c'est assavoir : pour luy chevalier banneret, quatre solz esterlin le jour, monnoie d'Angleterre, pour hommes d'armes douze deniers esterlins le jour, de ladicte monnoie, avecques regars (1) accoustumez, et pour chascun archier, six deniers esterlins le jour, d'icelle monnoie, en prenant le noble d'Angleterre pour six solz huit deniers, monnoie dessusdict."
Epoque de paiement :
"Dont paiemens luy sera faict des finances du duchié de Normendie, de quartier en quartier d'an, selon ses monstres et reveues, iceux gaiges et regars commençans le dit jour de Sainct-Michiel prouchain venant."
Gains de guerre, prisonniers :
"... et si ne pourra quelconque soudoyer vendre, à aultre, aucun prisonnier, sinon par le confié dudit cappitaine.
Lequel cappitaine sera tenu de paier et faire paier la tierce des tierces de toutes les rencions (rançons) d'iceuls prisonniers prins par luy ou sesdictes soudoyers."
(c'est-à-dire de la verser et faire verser entre les mains des agents des finances, en s'en faisant retenir le montant sur sa solde)
Discipline de la troupe et conduite à l'égard des sujets du roi :
"Et tendra et fera tenir ses dictes gens en bonne règle et gouvernement, tellement qu'ilz n'empescheront la paix et la tranquillité du païs du Roy, ne de ses subgés, ne les appatisseront (2), tailleront, exactionneront en or, argent, vivres, ne aultres choses ou biens quelzconques, ne les roberont, ne les souffrira ledit cappitaine estre par luy, ne ses dites gens tailliez, appatichiez, exactionnez, robez ou pilliez.
Et ne fera, ou souffrira estre faict sur lesdiz subgiez, obéissans au Roy nostre dit seigneur quelzconques arlestz, ne prinses de blez, vins, aveines, foings, bestaulx, chevaulx, jumens, ne d'aultres choses ou biens quelzconques, ne aussi sur les marchans, laboureurs, ne sur aultres personnes quelzconques, obéissans comme dit est, par quelque voie ou couleur (sic) que ce soit. (3)
Mais ce que leur sera besoing, pour leurs necessitez ou vivrez, l'achetteront du bon gré des vendeurs, à tel prix que entre eulx sera accordé, et dudit prix les paieront." (4)
Aide et obéissance à prêter à la justice, sans s'immiscer, ni dans son action, ni dans la police des villes ou pays, sauf pour défaut de guet ou de garde :
"Et aussy obéira, entendra et aidera, et fera obéir entendre et aidier à la justice et justiciers du Roy, soient bailliz ou aultres officiers quelzconques; sans ce que icellui cappitaine s'entremette de cognoissance de cause de ses dictes gens, ne d'aultres, ne du faict de justice ou gouvernement et police des villes, païs, peuples ou subjiez; sinon seulement des causes et gaingues de guerre que feront ceulx de sadicte retenue, et de la deffaulte de guet et garde non faict, en sa dite place."
Responsabilité du chef, répression :
"Et aussy respondra de tout ce que ses dictes gens mefferont, sur et à l'encontre de ce que dit est; et autrement baillera à la justice, pour en faire telle punicion qu'il appartiendra par raison."
Recherche des brigands, prime d'arrestation :
"Et aussy fera toute delligence de nectoier le païs de brigans. Et ceulx qui par luy ou ses dictes gens seront prins, livrera à la justice, pour en faire ainsi qu'il appartiendra par raison.
Et de ceulx qui seront exécutez, lui sera baillé le prix en tel cas accoustumé."
Contrôleur de garnison :
"Et sera esleu ung homme d'armes à pié, saige et de bon gouvernement, du nombre de la retenue d'icellui cappitaine, lequel prandra gaiges comme ung homme d'armes à cheval, et n'aura que deux archiers avec luy.
Lequel ainsi esleu, pour les gaiges de luy et de sesdis deux archiers, sera paié par ledit receveur général, et non par ledit cappitaine.
Et si demourra soubz mondit. le Régent, pour luy servir quant et là où il luy plaira, frant et quicte de tout guet et garde desdictes places.
Parmi ce que ledit, ainsi esleu, sera contrerolleur des tierces et gaignes de guerre, et de la deffaulte des nombre et absence des hommes d'armes et archiers dicelles places; et aussi des abillemens (équipements), arraiements (harnachement des chevaux), et soufficance de tous iceulx hommes d'armes et archiers, quand icellui cappitaine fera ses monstrez, pointz qui pourront toucher et appartenir à mondits. le Régent.
Et de tout ce, certiffier (à) icellui Mons. le Régent ou ses commis, dedens le second moys d'un chascun quartier d'an."
Service extérieur, pénalité en cas de refus :
"Et sera tenu ledit cappitaine d'aller et mener sesdictes gens de cheval partout où mandé luy sera par le Roy, pour tenir les champs, estre à journées, chevauchées ou sièges; sur paine de perdre leurs gaiges pour ung moys, et en estre pugniz à l'ordonnance de cellui ou ceulx qui mandé l'aura ou l'auront."
Service du guet, amendes pour les manquements :
"Et, en oultre, ne prendra ou exigera, ne fera prendre ou exiger, pour deffault du guet et garde en sa dicte place, sur chascun feu défaillant : ou tems d'yver que cinq blans, et, en tems d'esté, que trois blans pour chascun deffault.
Et ne contraindra, ou fera contraindre, lesdiz subjez à aller faire ledit guet, sinon de temps en temps, selon le nombre des subjiez qui seront tenuz de faire ledit guet en sa dicte place, et la nécessité qu'il sera d'avoir gens pour sa dicte place.
Sur lequel nombre sera advisé, avec ledit cappitaine, par le bailli et conseil du Roy dudit lieu, et en gardant les ordonnances royaulx derrainement publiés à Rouen sur le faict desdiz guets."(5)
Choix des hommes pour la troupe et pour la garde de la place :
"Et ne pourra ledit cappitaine recevoir à souldées, ne bailler charge de garde en ladicte place, à aucuns qui auront tenu le parti des ennemis et adversaires, et de nouvel auront esté et seront receus en l'obéissance."
Obligation de prêter main-forte au bailli sur sa réquisition :
"Et avecques ce, incontinent que le bailli royal dudit lieu aura besoing des gens de sa retenue, pour faire aucune exécucion de justice, exécuter les ordonnances royaulx autrefois publiées à Caen et celles derrainement publiées à Rouen, ou aprehender gens de guerre ou aultres, de quelque nacion qu'ilz soient, séjournans et vivans sur le païs; sera tenu de y aller, ou envoïer son lieutenant accompaignié de tous les hommes d'armes et archiers de sa retenue, sitost que par ledit bailli en sera requis; sur paine de perdre gaiges pour ung moys, pour chascune faulte ou refus qu'il fera en ce.
Et si iceulx de sa retenue ne y vueillent obéir, ilz perdront leurs gaiges pour ung moys semblablement."
Exécution des ordonnances, punitions des contrevenants :
"Et, en oultre, gardera et observera, et sera tenu de faire garder et observer, par sesdictes gens, les ordonnances royaulx publiées à Caen, ou moys de décembre l'an 1423, et aussy les ordonnances royaulx publiées à Rouen le 11è jour de ce présent moys de septembre; et tous et chascun des pointz et articles dedens contenus, selon leur fourme et teneur, sur paine de rien prendre, et de fournir tout ce que, par sesdictes gens, seroit faict contre la teneur d'icelles ordonnances; ou de bailler et délivrer sans fraude à justice les délinquans estans à justice et les délinquans estans de sa charge et retenue, faisans contre la teneur d'icelles ordonnances, pour en faire telle punicion qu'il appartiendra, par raison; et de aidier et conforter justice, se la cas le requiert."
Lieutenant - Défense et remise de la ville à la fin du contrat :
"Moyennant lesquelles choses, ledit cappitaine a promis et promect garder bien et loialement, à son povoir, par luy, ou son commis souffisant pour qui il vouldra respondre, lesdictes ville, chastel et forteresse de Sainct-Lô, à l'onneur et prouffit du Roy, nostre sire, et dudit Mons. le Régent le Royaume de France; de non les livrer fors à icellui Monseigneur ou à son certain commandement, et icelles délaissier et restituer, leddit an passé, à celui à qui il luy plaira ordonner.
En tesmoing desquelles choses, à la partie de ceste présente endenture, demourant devers ledit cappitaine, mondit seigneur le Régent a faict mectre son scel.
Donné à Rouen, le 18è jour de septembre l'an de grâce 1428.
Ainsi signées. Par Monseigneur le Régent le Royaume de France, duc de Bedford.
Braswhawe.
En tesmoing de ce....
Signé : Charité."
(Bibl. Nat., MSS., vol. 26.051, n° 952)
[1]- On se sait pas au juste ce que sont ces "regars". Le terme est toujours employé lorsqu'il s'agit d'hommes d'armes, et jamais lorsqu'il ne s'agit que d'archers.
[2]- Les "appatis" étaient des impôts levés sur les populations conquises, en temps de guerre.
[3]- Bien entendu, ces stipulations ne concernaient pas les pays de conquête.
[4]- Les archers stationnés sur place, à Orléans, reçurent à partir de février 1429, 6 livres tournois par mois, au lieu de 5, pour cause de vie chère sur place.
[5]- Le guet était aussi assuré par les habitants des cités.
Quelques documents
Etudions à présent quelques documents, pour étayer quelque peu l'endenture présentée plus haut.
Paiement de la solde aux hommes par les capitaines et leurs lieutenants.
Diminutions pour vacations ou absences - Extraits d'un paiement : garnison de Honfleur.
"Paiemens fais aux souldoiers de Honnefleu par Jehan CHERWIN, escuier, lieutenant dud. lieu, pour leurs gaiges desservis pour la sauvegarde d'icelle ville, pour ung quartier d'an commençans le 28è jour de juing l'an 1431, et finissans le jour Sainct-Michiel ensuivant.
Et premièrement :
- A Jehan HARTELL, lance à cheval, pour ses gaiges dud. quartier, 45 livres tournois,
- A Guillaume MANEFELD, lance à pié, pour ses gaiges, 20 livres tournois,
- A Robert COURTOIS, lance à pié, 20 l.t. dont luy est rabattu pour cinq jours vaqués 22 solz 2 deniers ob. demeuré à luy paié, 18 livres 17 solz 9 deniers obole.
...
Archiers :
- A Morisse PHOT, archier, pour ses gaiges desservis aud. quartier, 15 livres,
- A Johan ASTOLF, archier, 13 s. 4 d. rabatus pour vacacion, 15 livres,
- A Thomas ROBERT, archier, pour ses gaiges entiers, 15 livres,
- A Johan MAIN, 3 s. 4 d. rabatus pour 1 jour vacqué, 15 livres,
- A Guil. FOSTER, 3 s. 4 d. rabatus pour 1 jour vacqué, 15 livres."
NB : les sommes rabattues pour vacations (absences ou missions), sur la solde des archers, ne sont pas déduites de la somme intégrale, sur le document; c'est évidemment parce que le payeur portait, dans ses écritures, la somme entière en dépense, et les déductions en recette.
....
"Le tiers jour de décembre l'an 1431, devant moy, Martin HALLEY, tabellion à Honnefleu pour le roy nostres., furent présens lesdis souldoiers, tant lances que archiers, ainsi qu'ilz sont dénommez cy-dessus, qui confessent avoir receu dud. lieutenant les dommes dessus déclairées, pour leurs gaiges desservis audit lieu de Honnefleu, pour le quart d'an finant à la feste Sainct-Michiel derrenier passé, dont ilz se tindrent acoutens, et en quictèrent le roy nostre dits., et tous aultres à qui quictance en peuct et doit appartenir.
Tesmoing...
Signé : Halley.
Ledit jour et an, devant led. tabellion, ledit Jehan CHERWYN, tout pour luy que pour les aultres souldoiers de ladicte garnison, qu'il disoit estre de son hostel (*), à sa despence et retenue, confessa avoir receu et retenu en sa main les deniers des gaiges d'iceulx souldoiers, pour ledit quartier d'an, dont... et en quicta et promit acquitter le Roy nostredits. et tous aultres qu'il appartient.
Tesmoing...
Signé : Halley."
(*) devrait être plutôt : "de l'hôtel du commandant de la garnison", puisqu'il n'en est que le lieutenant.
Au dos est écrit :
"Quictance de dix lances et quatorze archiers, de la garnison de Honnefleu, pour le quart d'an fenissant à la Sainct-Michiel derrenièrement passé.
Et a affirmé Jehan CHERWYN, escuier, lieutenant aud. lieu, que le surplus de ladicte garnison sont de son hostel. (*)
Veuet, le 11è jour d'avril 1431 avant Pasques. (**)
Signé : Le Fournier."
(**) l'année débutant alors à Pâques, il s'agit donc, de 1432).
(Document qui faisait partie de la collection particulière de M. Boucher de Molandon - Bull. SAHO - Médiathèque Orléans)
Contrôleurs de garnison :
Désignation, solde et service (gains de guerre, manque au complet, équipement des hommes de guerre).
Extrait textuel de l'endenture de Suffolk pour la garnison de Sant-Lô, datée de Rouen, le 18 septembre 1428.
"... et sera esleu ung homme d'armes à pié, saige et de bon gouvernement, du nombre de la retenue d'icellui cappitaine, lequel prandra gaiges comme ung homme d'armes à cheval, et n'aura que deux archiers avec luy.
Lequel ainsi esleu, pour les gaiges de luy et de sesdits deux archiers, sera paié par ledit receveur général, et non par ledit cappitaine.
Et si demourra soubz mondits. le Régent, pour luy servir quant et là où il luy plaira, frant et quicte de tout guet et garde desdictes places.
Parmi ce que ledit, ainsi esleu, sera contrerolleur des tierces et gaignes de guerre, et de la deffaulte des nombre et absence des hommes d'armes et archiers dicelles places; et aussy des abillemens, arraiemens et souffisancede tous iceulx hommes d'armes et archiers, quant icellui cappitaine fera ses monstres, pointz qui pourront toucher et appartenir à mondits. le Régent.
Et de tout ce, certiffier icellui (à) Mons. le Régent ou ses commis, dedens le second moys d'un chascun quartier d'an."
(Bibl. Nat., MSS., vol. 26.051, n° 952 )
Au dos des montres, le contrôleur confirmait le bon déroulement de celles-ci. Exemple :
"C'est la monstre de messire Guillaume OLDALLE, chevalier, cappitaine des chastel et ville de Essay... prinse par Guillaume GLASDALL, escuier, bailli d'Alençon,... le 26è jour de juing 1428.
Signé : T. Chapelle."
Suivent les noms, parmi lesquels se trouve celui de Thomas Chapelle, homme d'armes, "contrerolleur.
(Arch. Nat., K.63, 1/4)
Gains de guerre, mutations - Enregistrement dans le contrôle de garnison :
Extrait du contrôle de la garnison de Meulan, pour un quartier d'an commençant le 17 août 1429.
"Et ensuit l'estat et controulle baillé par Jehan WENLOK, escuier, contreroulleur des gens d'armes et archiers estant en la garnison de Meullent, ès gaiges ordinaires; icellui contreroulle faict pour ung quart d'an, commençant le 17è jour d'aoust 1429, et finissant en la fin dudit quartier.
Ensuivent les noms de ceulx qui ont esté vaquans (absents) et n'ont point servy pour led. gaiges ordinaires...
Archiers chacuns 90 jours - Richart STODLEY - Thomas CHATERTON, archiers, riens, pour ce qu'ilz n'ont point servy ès dit gaige ordinaire, pour tout ledit quartier.
Archiers 29 jours - Richart MICHIEL, archier, vint en ladicte garnison le 16è jour de septembre.
Lance à cheval 30 jours - Jehan WRENLOK, contreroulleur, dessus nommé et homme d'armes à cheval.
Archiers 30 jours - Guillaume REDUENE - Jehan HOLGATE, archiers, ont esté vaquants hors de ladicte garnison pour ung moys, dont ilz ont esté au juge d'Estrepagny 18 jours, et les autres à Rouen... en la compaignie de mons. de Mortaing.
Item, il est venu à la cognoissance dudit contreroulleur que Jehan BLAC, homme d'armes, et certains compaignons et sa compaignie, ont gaigné, par la guerre, sur les ennemis, certains chevaulx et aultre bagage, qui ont esté vendus... pour la somme de 26 francs, dont le lieutenant a receu pour les tierces la somme de 8 francs tournois 13 sols 4 deniers tournois.
Item, Guillaume HIRON, homme d'armes, a gaignié ung cheval à la journée de mons. le Régent, devant Senlis, dont le cappitaine a receu 11 francs 4 solz parisis pour les tierces."
(Bibl. Nat., MSS., vol. 25.768, n° 409 )
Garde et escorte du receveur général de Normandie :
Le receveur général de Normandie devait, on le comprend, être protégé et escorté lors de ses déplacements.
Le nombre d'hommes d'armes de son escorte est assez important (il transporte de l'argent) :
"Ce sont les monstres de 15 lances à cheval et 45 archiers, de la retenue de Pierre BAILLE, receveur général de Normendie, pour la conduicte des finances du Roy, nostre sire, prinses le 1er jour de juillet 1439,... pour ung quartier d'an, commençant le dit jour..."
(Bibl. Nat., MSS., vol. 25.768, n° 405 )
nb : 15 lances, soit quinze hommes d'armes et leurs accompagnants (écuyers, pages, coutilliers...) représente en fait trois fois plus, soit 45 hommes. Avec les 45 archers, l'escorte se compose donc de 90 hommes.
Quelques mots sur l'artillerie :
L'artillerie était un nouveau moyen de guerre, à cette époque.
Ce n'est pas encore une arme spéciale, mais un terme générique s'appliquant à toutes sortes d'armes (canons, gros ou petits, couleuvrines...) et d'engins de siège.
Au siège d'Orléans comme à celui du Mans (1424), avec les barils de poudre, salpêtre, arbalètes, traits, pièces de canons, il fallut amener des boeufs pour "charrier les grosses bombardes."
Outre les quatre maîtres canonniers, amenés d'Angleterre par Salisbury et payés comme hommes d'armes 20 deniers d'esterlins le jour, il y avait des maçons et des charpentiers pour élever des bastilles.
Les maîtres de l'artillerie s'appelaient alors "maîtres des ordonnances et artillerie du Roy". Il y en avait deux : Philebert de MOLLENS, en France (pour les anglais), et Guillaume APPILBY pour la Normandie, alors sous le joug anglais. Ils étaient tous deux au siège d'Orléans.
Nicolas de MANTEVILLE était "général maistre et visiteur de l'artillerie du Roy."
Salisbury apportait d'Angleterre, en vue du siège, un parc d'artillerie considérable pour le temps.
Il y avait trois sortes de canons : des canons à main qui lançaient des "plommées", des petits canons appelés "fowlers" pour des boulets en pierre de deux livres, et trois grosses pièces dont il est dit "una potest jactare petras altitudinis 18 pollicum" (l'une d'elle pouvait lancer des boulets jusqu'à 18 pieds en hauteur).
Les "pierres de canon" étaient dégrossies à la carrière et envoyées au siège, où des ouvriers les arrondissaient.
Les français avaient des engins analogues. En 1419, à Blois, on tenait en réserve 800 pierres à canon, faites en 1417 à Beaugency, pesant chacune environ deux livres. |
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Une "combine" utilisée au siège d'Orléans en 1429.
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Une "combine" utilisée au siège d'Orléans en 1429.
Anecdote : un stratagème malin.
Descriptif : Durant le siège d'Orléans, en 1428-1429, les assiégés utilisèrent une combine pour prévenir les possibilités de sape, sous les remparts, pour s'introduire dans la ville.
Depuis octobre 1428, la ville d'Orléans était assiégée par les troupes anglo-normandes.
Les assiégeants tenaient les "Tourelles", forteresse située sur le pont, la bastille Saint-Laurent, et d'autres bastilles et forteresses, encerclant pratiquement toute la cité.
A l'intérieur des remparts, les défenseurs, la milice locale et les habitants surveillaient sans cesse les mouvements ennemis. Une des grandes peurs était que l'on s'introduise dans la ville en creusant des souterrains par-dessous les remparts de fortification.
Les gens du guet organisaient des rondes fréquentes pour surveiller les murs, et tout le monde, en règle générale, avait l'oeil et l'oreille aux aguets pour tenter de déceler une activité de creusement et de sapement de la part des assiégeants.
Ils n'avaient pas tort, et la crainte était justifiée. En effet, les anglo-normands avaient fait venir sur les lieux du siège deux maîtres mineurs, qui se nommaient Blac EMOND et Richart CHOSELL.
Ceux-ci avaient reçu à Chartres, le 30 novembre 1428, une endenture (un contrat d'engagement), pour eux-mêmes et une équipe de trente huit mineurs. Les deux chefs étaient payés comme hommes d'armes et leurs hommes comme archers.
Le 13 janvier, ils font une "montre" (revue) à Orléans pour une partie de cette troupe. Voici le texte de la quittance de solde qu'ils reçurent :
Quittance de solde pour deux maîtres mineurs (payés comme lances à cheval) et 24 mineurs, au siège depuis le 12 janvier 1429, et dix autres depuis le 14. Au siège le 18 janvier 1429.
"Saichent tuit que je, Blac Hémond, maistre mineur de l'ost du Roy (d'Angleterre), nostre seigneur, au siège devant Orliens, retenu par Mons. le Régent le royaume de France, duc de Bedfort, pour servir audit siège, avec moi, Richart Choisel, mon compaignon, et trente huit aultres compaignons mineurs.
Confesse avoir eu et receu de Pierre Sureau, receveur de Normendie, la somme de 179 livres 11 solz 8 deniers tournois, pour le paiement des gaiges et regars de moy et de mon compaignon, comme lances à cheval, et 24 mineurs à gaiges d'archiers, d'un moye entier, commençans le premier jour de ce présent moys de janvier; et pour le paiement des gaiges de 10 aultres mineurs pour 18 jours restans et finissans le darrenier jour dudit moys de janvier, et dont j'ay faict monstre audit siège le 13è jour dudit moys de janvier par devant Richart Waller et Guillaume Glasdal, à ce commis.
De laquelle somme...
En tesmoing de ce, j'ay scellé ceste quictance de mon seel, audit siège, le 18è jour de janvier, l'an mil cccc vingt-neuf..."
(British Museum, add. ch. n° 11.618 )
Il semble qu'ils restèrent au siège encore un troisième mois, et qu'ils partirent ensuite.
En attendant, tant qu'ils furent là, les assiégés craignaient chaque jour une intrusion dans leur cité par des souterrains creusés par ces mineurs.
Le lundi 21 février 1429, à titre sûrement justifié, Jehan de Dunois, le Bastard d'Orléans, et ses principaux officiers, craignant que les anglo-normands, qui paraissaient paisibles de jour-là, ne cherchassent à s'approcher des murailles pour tenter de les renverser par la mine, en les sapant par en-dessous, fit pour la première fois l'usage du moyen qu'on nommé Robert Carré lui avait proposé pour s'en assurer.
Ce moyen consistait à placer en avant des murailles et des fossés, sur le terre-plein, plusieurs grands bassins en cuivre. Ces bassins étaient enfoncés à plusieurs pieds sous terre, à fleur du terrain et de distance en distance, et ensuite remplis d'eau jusqu'au bord.
On examinait si le liquide frémissait car, s'il en était ainsi, c'était une preuve qu'on travaillait sous terre; on avait rien à craindre si la surface de l'eau était calme !
Il fut payé 58 sous 8 deniers parisis à Naudin Bouchard, saintier (fondeur de cloches) pour la confection d'un certain nombre de "bassins à laver" et d'une "acarre " (équerre), pour s'assurer si les ennemis minaient, et si les murs ne perdaient pas leur aplomb. (Comptes de la ville d'Orléans)
Par ce stratagème "malin", cette sorte de "système D", on était ainsi certains que les ennemis ne se livraient pas à une activité de sape des remparts.
Il semble que ce moyen fut efficace; en tous les cas, il n'est fait mention, dans les récits et chroniques diverses concernant le siège d'Orléans, d'aucune tentative de ce genre de la part des assiégeants.
Comme quoi, avec un peu de "jugeotte", on peut résoudre bien des problèmes ! |
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